|
Il fallait placer ces objets le soir, sur une grosse pierre qui se dressait au devant de la caverne, et ne pas oublier de déposer à côté d’eux, la rémunération approximative du travail à fournir. Le lendemain, on retrouvait au même endroit l’objet remis à neuf, avec une ristourne s’il vous plaît au cas de surévaluation. On ne rencontre pas toujours de tels scrupules chez les hommes ordinaires... Il n’est peut-être pas sans intérêt d’apprendre comment se comportaient les nutons dans le domaine sentimental. Il paraît que – voilà bientôt cent cinquante ans de cela – l' un d’entre eux tomba éperdument amoureux d’une jeune fille du village. Peu satisfait des réponses évasives que, par crainte de malheur, celle-ci ne cessait d’opposer à ses demandes réitérées de mariage, il voulut, un soir d’automne, savoir par un oui ou par un non, s’il pouvait réellement espérer. Mise au pied du mur, la paysanne répondit : non. Ce fut alors que le pauvre évincé prononça cette phrase singulière : « Ah ! tu fais çoula ! Ah bin, du pâte à pâte dja apwerté, mais du djâbe à djâbe dju rèpwerteré. » Quelques jours après, les parents de la jeune fille, sans raison explicable, devinrent aussi pauvres que Job. De plus, leur chaumière, de la cave au grenier et jusque dans les étables, fut envahie par une nuée d’orvets, dont rien ne pu les débarrasser. Il fallut fuir devant le fléau. Albert Bonjean, La Baraque Michel et la Haute Ardenne, 3ième édition, revue et considérablement augmentée, 1926, Vinche, Verviers |
|
La fête des Vieux métiers "Nos r'prindans rècène" est une organisation du Comité Culturel de Sart-Jalhay Copyright Comité Culturel de Sart-Jalhay ASBL. Tous droits réservés, 2007 |